Journal intime d'un pyrénéiste

Journal intime d'un pyrénéiste
"l'aventure est un engagement de l'être tout entier et sait aller chercher dans les profondeurs ce qui est resté de meilleur et d'humain en nous...." Walter Bonatti

dimanche 5 octobre 2014

Ossau, contrefort oriental...

5ème Ossau, 5ème voie....

Même si je m'en défends souvent, en disant que notre pic du Midi est plus beau que le béarnais bien que plus bas, je dois avouer que le Jean-Pierre, dans toute sa masse , vestige d'un volcanisme qui lui confère une force mystique,  et bien ce géant il a quand même fière allure. On ne compte plus les voies dedans, des plus faciles aux extrêmes, et les meilleurs pyrénéistes, des Ravier, oncles et neveu aux Thivel et consorts , en passant par Sylvain Sartou croisé ici même aux "flammes de pierres" , à 73 ans, tous ont voulu y laisser leur trace, comme si ouvrir à l'Ossau  permettait de rentrer dans ce sérail en obtenant le respect de ses pairs.

De mes voies passées, j'en garde un souvenir assez fort, notamment la rencontre avec cette face Nord imposante avec Jean-Michel. Une journée extraordinaire qui restera à jamais dans ma mémoire comme une de mes deux plus belles courses, avec le mur de la cascade à Gavarnie.

Aussi quand je vois qu'il fait beau samedi j'essaye de trouver une voie et tombe sur ce contrefort dont j'ai déjà entendu parler. Je fais donc des pieds et des mains pour essayer de convaincre Miss Pyrénées alias Maïté de m'y accompagner. Sans trop d'insistance elle accepte et nous voilà partis à 7H15 ( et oui le réveil à 4H30 ça pique) direction Pombie, Suzon et la voie. On marche bien, 1h pour le refuge, 1H30 pour le col et 1H50 pour être au pied de la voie.

La voie commence par une dalle verte juste à gauche de la première cheminée. En zieutant à gauche en haut on remarque même le pin qui servira de relai. J'attaque, en grosses de gauche à droite puis remonte une cheminée pour sortir à droite du pin où je relaye.  Maïté me rejoint. On suit ensuite la crête en corde tendue jusqu'à un ressaut. Là on a lu sur un topo qu'il fallait passer par un dièdre, or pas de dièdre... On en trouvera un plus sur la droite ( IV- à peu près) Maïté s'y colle .  Une belle longueur de 60m en III+ au final. On sort ensuite sur la crête et celle-ci s'adoucit après un autre pas de IV. On chemine anneaux à la main en essayant de suivre au mieux la crête de gauche ( il nous semble en voir une à droite aussi plus facile) et en essayant délicatement de contourner un second ressaut raide, tout en restant le plus sur le fil .


On trouve alors un ficélou dans un bloc, signe que des gens sont passés là avant. Pourtant on cherche beaucoup, surtout Maïté qui tout comme moi commence à fatiguer. Les topos qu'on a sont très succins et il n'y a aucun point .  Le moral est alors au plus bas, et la faim commence à se faire sentir quand j'attaque la longueur suivante. Malgré le ficélou, impossible de savoir où il faut aller et il me faut une bonne dose de mental pour m'engager. Je remonte une cheminée avant de venir buter encore une fois sur un ressaut avec à droite une dalle. Je relaye et Maïté me rejoint .Elle s'engage dans la dalle puis renonce car impossible de savoir ce qu'il y a derrière. Si c'est bon et que ça passe on a gagné mais franchement je ne me sentirai pas de devoir la desescalader si on ne pouvait pas continuer.
Je mets dons les chaussons et passe après avoir posé un friend. Derrière c'est tout bon, la crête s'adoucit et une cheminée nous montre le cheminement à suivre.....

Maïté me suit mais n'arrive pas à décoincer le friend.... Fatigués l'énervement commence à se faire sentir.  Elle laisse donc le friend en place et me rejoint en haut de la dalle.  Elle m'assure ensuite pour redescendre la dalle . Là je récupère le friend ( 70€ pièce!)  , remonte une 2ème fois  la dalle avant qu'elle n’enchaîne la suite, facile. Là un espagnol nous double sans corde , comme un avion. Moi je laisse tomber mon portable, un don à l'Ossau.....

On finit ensuite sur l'arête et CHANCE on tombe sur le point de rappel du topo... Finalement on a peut-être suivi la bonne voie!!!! Petit rappel avant de retrouver la VN, Ouf on est tirés d'affaire....

30mn de marche  sur le rein de Pombie et on est au sommet à 14H15 ... celui-là on l'aura mérité!!!!!

Petite pause avant de descendre peu avant 15H. Au niveau de la 2ème cheminée  deux groupes , très sympas, nous proposent leur corde.... Geste très gentil qui nous fera gagner une bonne demi-heure , comme quoi l'esprit montagne ça existe peut-être encore. Première cheminée par la gauche  avant de retrouver le col . Là on ne s'attarde pas et on retrouve la voiture vers 17H40 après une grosse journée quand même.

Une sortie où on aura passé beaucoup de temps et d'énergie à rechercher l'itinéraire dans cette face où tout se ressemble pour une voie qui n'est pas une majeure du coin.... Rien à voir avec la face Nord....




















































vendredi 3 octobre 2014

Pène Sarrière: arête Sud

Petite balade aérienne aujourd'hui avec Maïté, sur une crête effilée, que dis-je une crête, ... une Taillante.

Ce mot étrange qui semble tout droit sorti du dictionnaire d'une tribu barbare reculée  désigne en fait une arête étroite avec un peu de vide de chaque coté, vide que dans le jargon montagnard on appelle aussi GAZ  , sans doute en rapport aux flatulences dégagées lors que l'on se retrouve devant du ...gaz...
Une TAILLANTE c'est donc une arête fine avec du gaz... et dans les Pyrénées des "taillantes" il n'y en a pas 150. La plus connue est l'arête Sud de la Pène Sarrière que l'on a parcourue aujourd'hui.

Départ donc peu avant 11h de Gourette pour aller chercher en remontant les pistes de ski et par le versant Ouest, la brèche Sud du pic.
Là on s'encorde pour arriver par un cheminement versant Ouest au premier relai. Là, lâchement et malgré  un caractère macho , je laisse passer Maïté devant, elle qui connait déjà l'arête pour l'avoir faite à la descente. Et justement cette dernière commence par la fameuse "taillante" , impressionnante.  Après une petite cheminée en III  elle prend "pied" enfin ici plutot elle prend "fesses"  sur l'arête, à califourchon....  avant d'arriver au relai. Je suis derrière , et moi sans prises de main je n'aime pas trop mais ça passe bien quand même.

Pour L2 j'attaque une petite dalle en III avec un point avant de remonter une cheminée à gauche. En haut il y a un relai mais je décide d'aller relayer plus loin après avoir redescendu une dalle grâce à une main courante.
Maïté traverse ensuite sur l'arête jusqu'au relai . J'enchaine par un petit mur en III puis une traversée délicate ( que je n'ai pas aimé!!!!)  pour aller chercher une cheminée à gauche.  Le relai se trouve en haut de la cheminée. Descente ensuite par des dalles faciles sur le col sous le pic pour aller relayer.

Là on ne trouve qu'un point et en plus je n'ai pas lu le topo. Je m'engage donc dans la dernière longueur sans trop savoir où je vais. J'attaque un petit mur pleine crête avec un spit puis passe versant Ouest au niveau d'une cordelette. Là il faut gravir un éperon en passant plutot à droite qui ramène ensuite versant Est . J'hésite un long moment avant de m'y engager mais je passe. Je finis la longueur au sommet par une cheminée facile...



Maïté me suit, non sans mal car la corde s'est coincée , il me faudra beaucoup d'énergie pour ravaler la corde et l'assurer mais bon.... Au sommet une autre cordée arrive de la face Est. Plutot froids et assez prétentieux, on ne discutera que peu. Nous on mange un bout avant la descente. Cette dernière est encore une fois très délicate avec l'herbe mouillée et glissante...

Au final on rentre à 15H45 à la voiture, 5h après le départ...On s'est sort bien, même si la dernière longueur fut longue, on avait le temps.



Encore une superbe journée montagne avec Miss Pyrénées, et demain on remet ça sur l'Ossau et son contrefort oriental... Merci à elle qui a encore été impériale dans les passages clés....

What else? :)